Dans le cadre de la 10e édition du Salon Africain de l’Invention et de l’Entreprise Innovante (SAIIT), organisée à Niamey, l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) a tenu une conférence de haut niveau consacrée à un enjeu déterminant pour l’avenir de l’innovation sur le continent : la mobilisation du financement au profit des inventions et des PME innovantes africaines.
Placée sous le thème « Propriété intellectuelle et financement des PME innovantes », cette rencontre a réuni experts, responsables d’institutions financières, représentants de structures d’accompagnement, décideurs publics, chercheurs et entrepreneurs autour d’une même ambition : créer les conditions permettant aux inventions africaines de franchir l’étape cruciale de la valorisation économique.
De la protection de l’invention à son financement
Modérée par Dr Mahamane YAHAYA, Enseignant-chercheur à l’Université Abdou Moumouni et Président de la Cellule d’Appui à la Technologie et à l’Innovation (CATI) du Niger, la conférence a été ouverte par une communication de Mickaël KACOU, d’Entrepreneurial Growth Advisory Lead chez ESP Partners (Côte d’Ivoire).
Dans son intervention, l’expert a relevé que bien que les réalités soient divergentes d’un pays à l’autre, il n’en demeure pas moins qu’il est possible de trouver des solutions communes, contextuelles et conjoncturelles. Il a mis en évidence la nécessité de bâtir des passerelles solides entre les inventeurs, les structures d’accompagnement, les investisseurs et les établissements financiers afin de permettre aux innovations africaines d’accéder plus facilement aux financements et aux marchés.
Pour les participants, l’enjeu n’est plus uniquement de protéger les inventions, mais de leur permettre de devenir des entreprises viables, compétitives et génératrices de valeur économique.
Un panel de haut niveau sur le mécanisme de financement de l’OAPI
Les échanges se sont poursuivis à travers un panel consacré à :
« Opérationnalisation du mécanisme de financement de l’invention et de l’innovation de l’OAPI : rôle et attentes des parties prenantes »
Animé par Moustapha NLEND, Conseiller en analyse et études à l’OAPI, ce panel a réuni :
- Guy Francis BOUSSAFOU, Directeur des Brevets et autres Créations Techniques à l’OAPI ;
- Christelle Ayabavi Atikpe, Chargée d’affaires Senior et Responsable de région UEMOA à AGF West Africa ;
- Aziz Issaka Abdou, Directeur Général de CORIS BANK Niger ;
- Assoumane Aichatou, Directrice Générale de la Recherche Scientifique du Niger ;
- Hassane Bissala Yahaya, Directeur Général d’INOVATECH ;
- Nebie Lassina, Président de l’Association Burkinabè des Inventeurs et Innovateurs ;
- Dr Dosso Mafini Sarratou, Cofondatrice de GAÏA Intelligence Africa et Présidente de l’Organisation Internationale de l’Innovation pour des Territoires et Industries Durables (OIITID) ;
- Mahamadou BELLO, Directeur Général du Centre Incubateur des Petites et Moyennes Entreprises du Niger.
Construire des mécanismes africains de valorisation de l’innovation
Lors de son intervention remarquée, Dr Dosso Mafini Sarratou a posé une question fondamentale :
« Nos inventions existent, mais comment les transformer en valeur économique dans l’espace OAPI ? »
Pour relever ce défi, elle a formulé trois propositions structurantes.
- La valorisation des brevets africains
Selon elle, les titres de propriété intellectuelle doivent devenir de véritables actifs économiques. Cela implique la mise en place de mécanismes capables d’attribuer une valeur monétaire aux brevets et autres innovations afin de faciliter les discussions avec les banques et les investisseurs. L’objectif étant de développer une expertise africaine capable d’évaluer les inventions selon les réalités du continent et de renforcer ainsi leur crédibilité auprès des partenaires financiers.
- Mesurer l’innovation pour mieux la financer
Dr Dosso a également plaidé pour la création d’une base de données et d’indicateurs permettant d’évaluer objectivement le potentiel de croissance des entreprises innovantes. Elle a indiqué qu’une plateforme dédiée déjà existante à leur niveau a permis d’accompagner plus d’une cinquantaine d’entreprises, démontrant la pertinence d’outils de mesure pour orienter les décisions des investisseurs et des institutions financières.
- Renforcer les capacités des incubateurs
Enfin, elle a souligné l’importance de consolider le rôle des incubateurs dans l’écosystème de l’innovation. Au-delà de l’accompagnement technique, il s’agit désormais de former les inventeurs à la protection de leurs innovations, à leur valorisation commerciale, ainsi qu’aux stratégies de croissance indispensables à leur développement.
Pour l’experte, la souveraineté économique du continent repose notamment sur sa capacité à construire ses propres standards de valorisation de l’innovation.
AGF West Africa : faciliter l’accès au financement des PME innovantes
Intervenant au nom d’African Guarantee Fund (AGF) West Africa, partenaire clé du mécanisme de financement de l’invention et de l’innovation développé avec l’OAPI, Christelle Ayabavi Atikpe est revenue sur les avancées enregistrées dans l’opérationnalisation du dispositif.
Elle a notamment présenté les actions engagées pour rapprocher les incubateurs sélectionnés dans les États membres de l’OAPI, des réseaux bancaires partenaires afin d’identifier et d’accompagner les projets présentant un potentiel de financement.
Dans ce cadre, des consultations ont déjà été lancées avec les incubateurs retenus auprès d’un réseau de 127 banques partenaires, dans le but d’encourager le financement des PME innovantes.
Le mécanisme prévoit ainsi l’apport d’un fonds de garantie pouvant couvrir jusqu’à 75 % du risque, offrant ainsi aux établissements financiers des conditions plus favorables pour accompagner les porteurs de projets innovants.
Cette approche vise à lever l’un des principaux obstacles rencontrés par les startups et PME innovantes : « l’accès au crédit ».
L’OAPI mise sur l’accompagnement et la maturation des projets
Prenant la parole au nom de l’OAPI, Guy Francis BOUSSAFOU a présenté la contribution de l’Organisation dans la mise en œuvre du mécanisme de financement de l’invention et de l’innovation.
Au-delà de la délivrance des brevets, avec son partenaire de l’AGF, l’OAPI entend renforcer son appui aux inventeurs à travers des programmes de formation spécialisés, une assistance technique ciblée et un accompagnement des projets incubés.
L’objectif est d’améliorer la maturation des innovations afin de permettre aux porteurs de projets de développer des modèles économiques solides et de présenter aux partenaires financiers des dossiers répondant aux critères de financement.
Cette démarche vise à transformer progressivement les inventions en projets bancables capables d’attirer les investissements nécessaires à leur croissance.
Des expériences inspirantes venues du continent
La conférence a été enrichie par les témoignages de :
- Marlyse NDJENGA (Afrique Innovante, Cameroun) ;
- Nour-Eddine BOUKHAROUAA (OMPIC, Maroc);
- Mohamed Amine CHAIB (Challenges Center, Algérie).
Leurs interventions ont permis de partager des expériences concrètes en matière d’accompagnement des innovateurs, de valorisation de la propriété intellectuelle et de création d’écosystèmes favorables à l’innovation.
Une ambition commune pour l’Afrique
Au terme des échanges, une conviction s’est imposée : l’Afrique ne manque ni de talents, ni d’idées, ni d’inventeurs. Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de préciser le Directeur Général de l’OAPI, Denis BOHOUSSOU dans son allocution d’ouverture de ce 10ème SAIIT à Niamey.
Le défi consiste désormais à construire des mécanismes efficaces reliant les inventeurs aux incubateurs, les incubateurs aux banques, les banques aux investisseurs et l’ensemble de cet écosystème aux marchés.
À travers son mécanisme de financement, l’OAPI entend contribuer à cette transformation en faisant de la propriété intellectuelle non seulement un outil de protection, mais également un véritable levier de financement, de compétitivité et de croissance économique au service du continent africain.








